Pour les Arpaijiens de 8 à 11 ans

Des histoires un peu plus longues pour les jeunes lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux, pour ceux qui veulent s’évader, ceux pour qui les intrigues n’ont plus de secrets, ceux qui aiment frissonner, certaines fois, ceux qui avalent les lettres et les mots comme un verre de jus de pamplemousse… bref, pour les plus grands !

La bande des Arpaijiens

1/ la disparition

Dans le petit village de Lisa niché au cœur d’une haute et épaisse forêt, les soirées sont douces et les nuits calmes.

Quand le soleil se couche, que la lune pointe le bout de son nez, le ciel se recouvre de milliers d’étoiles. Il y en a parfois tellement qu’il parait presque blanc.

En guise de berceuse, Lisa s’amuse à compter celles qui filent à vive allure et laissent derrière elles une trainée de poussière.

                « Une étoile qui traverse le ciel

                Deux étoiles qui traversent le ciel

                Trois étoiles qui traversent le ciel

                Quatre étoiles… »

Et avant qu’elle n’arrive à la cinquième étoile, ses yeux se ferment lentement.

Mais cette nuit-là, Lisa ne parvient pas à trouver le sommeil.

                « Noah, réveille-toi chuchote-t-elle à son frère. Il y a un peu moins d’étoiles ce soir ! » 

                « Laisse-moi dormir, répond Noah, elles reviendront certainement demain ».

Mais la nuit suivante, d’autres étoiles ont disparu.

Pendant de longues semaines, Lisa regarde minutieusement le ciel tous les soirs. Chaque fois elle observe que de plus en plus  d’étoiles manquent à l’appel.  

                « Noah, réveille-toi. Les étoiles ne sont jamais revenues. Je crois qu’elles sont allées de l’autre côté de la rivière » sanglote la petite fille.

Noah ouvre un œil puis l’autre. Il lève la tête et scrute le ciel pendant de longues secondes. Il regarde d’un côté puis de l’autre.

                « Alors ? » Questionne Lisa. « Tu les vois ? »

                « Non, répond Noah, je n’en vois qu’une poignée qui semblent être perdues. »

                « Nous devons les retrouver reprend Lisa, sinon je n’arriverai plus jamais à m’endormir ! »

Lisa et Noah se lèvent doucement pour ne pas réveiller les autres villageois. Ils se frayent un chemin à travers les arbres et les hautes herbes et arrivent à la rivière. C’est la première fois que le frère et la sœur s’aventurent aussi loin du village.

Et de l’autre côté de la rive…

                « Tu vois, je te l’avais bien dit. Elles sont parties là-bas les étoiles et elles ne reviendront pas » dit Lisa en pointant son doigt vers un mur de lumière.

                « Ne t’inquiète pas. Nous allons les ramener. Parole de grand frère ! » annonce Noah. « Suis-moi, je crois savoir comment traverser la rivière. »

Après quelques minutes de marche, les deux aventuriers se retrouvent devant une barque dans laquelle un vieil homme dort profondément. Sa tête est recouverte par un grand chapeau de paille. Un feu de camp crépite non loin de là à côté duquel des ustensiles de cuisine sont éparpillés.

                « Monsieur ? Monsieur ? Réveillez-vous ! Nous voulons nous rendre sur l’autre rive. »

Le vieil homme sursaute.

                « Et bien, et bien ! Qu’est-ce donc que tout ce vacarme ? Que voulez-vous les jeunes ? » Interroge-t-il en ayant pris soin de remettre son chapeau sur sa tête.

Il sort de la barque et s’étire de tout son long, tire une paille de son chapeau qu’il porte directement à sa bouche. Sa grande barbe grise descend jusqu’à ses pieds.

                « Nous voulons nous rendre sur l’autre rive » reprend Noah.

                « Mais il fait encore nuit ! Vous ne pouvez pas attendre le lever du soleil ? Pourquoi êtes-vous si pressés ? »

                « Nous allons à la recherche des étoiles. Elles ont quitté notre ciel et se sont rendues de l’autre côté de la rive. Là-bas… » Répond Lisa en indiquant la lumière.

                « Je vois petite fille. Je vois bien. Puisqu’il s’agit des étoiles, je vais vous faire traverser. »

Lisa et Noah prennent place dans la barque et en quelques coups de rames les voilà sur l’autre rive.

                « Je vous attendrai ici, leur lance le vieil homme. Mais n’oubliez pas les enfants, les étoiles, depuis toujours, illuminent la terre. Mais d’aussi loin que je me souvienne, elles n’ont jamais aimé la lumière…»

Après quelques pas, Lisa se retourne, regarde en direction  du vieil homme qui s’est aussitôt allongé dans sa barque et demande à son frère

                « Qu’a t-il bien pu vouloir dire ? »

                « N’y prête pas attention répond Noah, il n’a simplement plus toute sa tête ! ».

2/ De l’autre côté de la rive

La nuit est si noire que Lisa et Noah avancent à tous petits pas. C’est à peine s’ils distinguent le bout de leurs pieds. Lisa serre très fort la main de son frère.

                « Aïe ! Mais tu me fais mal ! » Lui lance-t-il.

                « Peut-être, mais je suis ta petite sœur. Et comme j’ai peur et que tu es plus grand que moi, je peux serrer ta main aussi fort que je veux ». lui répond malicieusement la petite fille en serrant encore plus fort.

Tout doucement, le frère et la sœur continuent leur chemin.

A mesure qu’ils avancent le mur de lumière semble s’éparpiller. Des centaines de petits points apparaissent. Des blancs, des verts, des jaunes ou encore des rouges…

                « Tu as déjà vu des étoiles rouges toi Noah ? »

                « Non ! Répond le jeune garçon. Jamais ».

C’est alors qu’une étoile se détache. Elle se dirige vers eux rapidement en éclairant le sol de droite à gauche dans un mouvement presque régulier. Sa lumière est de plus en plus forte. Elle éblouit les deux enfants qui protègent leurs yeux avec leurs avant-bras.

                « Je ne vois plus rien ! » hurle Lisa

                « Ne regarde pas la lumière ! Ne regarde pas la lumière ! » Lui répond Noah.

Les cœurs des deux enfants cognent très fort dans leurs poitrines. Leurs jambes tremblent et leurs genoux s’entrechoquent.

Tactactactactac…

A quelques pas d’eux, la lumière stoppe sa course.

                « Qui êtes-vous ? » interroge-t-elle.

                « Tu tu tu… papa papa parle ? » demande Lisa.

                « Bien-sûr que je parle, j’ai 9 ans ! James. Je m’appelle James ». Le garçon tourne la lampe torche qu’il tient dans sa main vers son visage… Puis la pointe à tour de rôle vers ceux de Lisa et Noah.

                « Et vous ? Vous êtes qui ? ».

                « Euh… Lisa, je suis Lisa. J’ai 7 ans. Et lui c’est mon frère, Noah. Il a le même âge que toi ». Répond Lisa. « Tu n’es donc pas une étoile ? »

                « Une étoile ? Et bien non, quelle question ! Les étoiles sont dans le ciel. Enfin à ce qu’il paraît. C’est vrai que depuis que je suis arrivé ici, je n’en vois pas beaucoup ».

                « Pourquoi courrais-tu ? Reprend Noah »

                « Ça ne vous regarde pas. Et puis ne restons pas là. Suivez-moi ».

Lisa et Noah s’exécutent sans trop réfléchir. James balance machinalement la lumière de sa lampe torche à droite et à gauche.  Il avance avec précaution. Il semble connaître le chemin par cœur.

                « Où allons-nous ? » Interroge Lisa.

                « Là-bas » répond James en indiquant les lumières.

                « Vers les étoiles ? » reprend la petite fille.

James ne répond pas. Il s’immobilise, se baisse lentement et ramasse un solide bâton sur le sol.

                « Ne bougez plus. Restez derrière moi » ordonne-t-il.

Il balaye doucement le sol avec la lampe. La lumière s’arrête sur un énorme rat se régalant des restes d’une boîte de conserve abandonnée là.  Le rat a l’air impassible. Il continue son repas sans s’intéresser aux trois enfants. James serre le bâton de toutes ses forces dans sa main droite.

                « Maintenant courrez ! » crie-t-il.

Lisa, Noah et James s’engagent tout droit sur le chemin aussi vite qu’ils le peuvent. Après quelques minutes, ils arrivent enfin au pied du mur des lumières. Ils reprennent peu à peu leur souffle.

Une nuit blanche

Les trois enfants s’avancent dans la lumière. Devant eux, de grands bâtiments transpercent le ciel. Ils sont alignés les uns à côtés des autres de part et d’autre d’une interminable rue, elle-même traversée par d’autres rues. Tous les 5 pas, un haut lampadaire éclaire le trottoir. Les feux tricolores passent sans discontinuer du vert à l’orange puis au rouge. Les enseignes des boutiques, toutes fermées à cette heure tardive de la nuit, clignotent, ondulent et flashent. Il n’y a pas un brin d’obscurité.

Au-dessus de leurs têtes, les fenêtres des immeubles sont toutes éclairées et rendent la nuit blanche. On ne distingue même plus le noir profond du ciel. Lisa et Noah écarquillent grand leurs yeux.

                « Où sommes-nous ? » questionnent-ils.

                « Chez moi ! Dans la ville nouvelle » fanfaronne James.

                « Pourquoi fait-il jour la nuit chez toi ? » interroge à son tour Lisa.

                « A vrai dire, je ne sais pas. Peut-être que les gens ont peur du noir. Alors ils allument tous leurs lumières. Celles de la ville sont automatiques. Dès que la nuit tombe, elles éclairent toutes les rues. Vous ne trouvez pas que c’est joli ?»

                « Non c’est moche ! » s’agace Lisa.

Elle regarde vers le ciel, tourne sur elle-même une fois, deux fois. Mais il n’y a rien à faire. Impossible de distinguer la moindre étoile au milieu de toutes ces lumières. Il lui revient alors à l’esprit les paroles du vieil homme.

… « d’aussi loin que je me souvienne, elles n’ont jamais aimé la lumière ».

                « C’est à cause de vous. C’est de votre faute si les étoiles se cachent. Elles n’aiment pas la lumière. Vous leur faites peur ! » Reprend-elle en serrant les poings. Une larme de colère descend lentement le long de sa joue.

                « Pfff ! Tu racontes n’importe quoi ! Il n’y a pas d’étoiles parce que… parce que… »

James se gratte le haut du crâne. Il se rappelle de ces nuits étoilées qu’il aimait observer quand il habitait dans son ancien village. Il n’avait pas prêté attention à leur absence depuis qu’il avait emménagé dans la ville nouvelle avec ses parents quelques semaines auparavant. Après tout il en voit plein des lumières par la fenêtre de sa chambre.

                « Tu as raison, se reprend-il. Les lumières de la ville font fuir les étoiles. Mais c’est comme ça. Nous n’y pouvons rien… » observe-t-il en appuyant son dos sur la vitrine d’une boutique.

« à moins que… Vite, venez, je crois que j’ai la solution ! »

James traverse la ville en courant suivi de près par Lisa et Noah. Ils s’arrêtent devant une immense grille. Sur un panneau, à l’entrée du site, trône le dessin d’un éclair.

                « Toutes les lumières de la ville viennent de là dit-il en se retournant vers Noah et sa sœur. Mon père travaille ici. Je sais comment entrer. Ensuite, il faudra tout éteindre ».

Les trois amis se faufilent à travers une lucarne ouverte, arpentent discrètement les longs couloirs du bâtiment et atteignent finalement une porte sur laquelle un panneau indique : Accès interdit à toute personne non autorisée.

                « Nous ne pouvons pas entrer là-dedans » s’inquiète Noah.

                « Je connais le code. J’ai déjà accompagné mon père et j’ai une très bonne mémoire » répond James.

Ni une, ni deux, la petite troupe entre dans la salle et se retrouve face à une infinité de boutons.

                « Les rouges. Il faut appuyer sur les 3 gros boutons rouges en même temps. Précise James. Nous y allons à 3.

                1… 2… 3… »

CLAC, en un clin d’œil, toutes les lumières s’éteignent et la ville est plongée dans le noir.

Les habitants, qui ont perdu l’habitude de l’obscurité, ouvrent leurs fenêtres. Ils observent à droite et à gauche puis leurs regards sont attirés par des centaines de lumières qui viennent du ciel.

Cette nuit-là, dans la ville nouvelle, tout le monde est ébloui par le ciel. Il y a tellement d’étoiles qu’il paraît presque blanc. Lisa, Noah et James ressortent du bâtiment, s’allongent dans l’herbe et profitent à leur tour du spectacle.

                « Dis-moi James, pourquoi courais-tu ? » demande Lisa.

                « Chut… ne le dis à personne, mais je n’aime pas la lumière » répond-t-il à voix basse.

                « Peut-être que tu es une étoile alors ? » sourit Lisa.

Depuis ce jour, la ville nouvelle s’enrobe chaque nuit dans un noir profond. Les habitant ouvrent grand leur fenêtre et la tête dans les étoiles, s’endorment en comptant celles qui filent dans le ciel à vive allure.

« Une étoile qui traverse le ciel

                Deux étoiles qui traversent le ciel

                Trois étoiles qui traversent le ciel

                Quatre étoiles… »

Lisa a retrouvé le sommeil. Certaines fois, elle remarque depuis son lit une lumière qui balaye le ciel de droite à gauche. Une étoile, sans aucun doute.

La suite ?

© Axl sept 2019